Cultiver la diversité à Montréal : Les ateliers « Récoltes sur le toit du Palais des Congrès »

Au printemps et à l’été 2023, le Laboratoire sur l’agriculture urbaine (AU/LAB) et le Centre Social d’Aide aux Immigrants (CSAI) se sont associés pour donner naissance à une initiative novatrice : les ateliers « Récoltes sur le toit du Palais des congrès de Montréal ». Ces ateliers ont offert l’opportunité à 80 nouveaux arrivants de vivre une immersion dans le monde fascinant de l’agriculture urbaine.

L'agriculture urbaine et AU/LAB

L’agriculture urbaine va bien au-delà de la simple culture de légumes en milieu urbain. C’est un mouvement qui réinvente nos villes et nos habitudes, qui offre un accès équitable à une alimentation saine tout en renforçant les liens communautaires. AU/LAB, un organisme à but non lucratif fondé en 2009, joue un rôle essentiel dans la promotion et le soutien de cette pratique. Avec une approche multidisciplinaire, AU/LAB stimule l’innovation et encourage le développement d’un système alimentaire durable à travers des programmes éducatifs et des projets concrets.

Une collaboration fructueuse avec le CSAI

Le CSAI, quant à lui, est organisme phare dans l’aide à l’intégration des personnes immigrantes et réfugiées à Montréal. Il offre des services dans divers domaines (francisation, emploi, intégration…) et organise un grande variété d’activités collectives gratuites, comprenant des événements culturels, des activités familiales, des sessions d’information, et depuis peu des sessions de jardinage et cueillette.

En combinant leurs efforts, AU/LAB et le CSAI ont offert chaque semaine à un groupe d’environ 10 personnes immigrantes une expérience unique de cueillette et de jardinage sur le site magnifique du toit du palais des congrès en plein centre de Montréal.

Les points positifs de ces ateliers

80 personnes issues de divers horizons ont participé à ces ateliers en 2023 (Ukraine, Liban, Cameroun, Biélorussie, Iran, Syrie, Venezuela, Sénégal, etc.), dont des jeunes et un groupe de personnes demandeuses d’asile issues de la communauté LGBTQ2+.

Cette initiative a non seulement permis de rompre l’isolement ressenti par de nombreux nouveaux arrivants déracinés, mais elle a également ouvert la voie à une exploration commune de la culture québécoise à travers le prisme de l’agriculture urbaine. Les participants ont été ravis de découvrir de nouveaux légumes, d’apprendre à les cultiver et de partager des moments conviviaux avec d’autres passionnés de jardinage. Chaque participant repartaient chacun avec 8 à 10 kilogrammes de légumes et de fruits chaque semaine.

« Les légumes servent souvent de lien vers la terre d’accueil et favorisent les contacts entre jardiniers, ce qui est excellent pour briser l’isolement. Des participants à l’atelier de jardinage reconnaissent des légumes qui leur rappellent leur terre natale. Cela a été le cas un lundi du début du mois d’août, alors que des Ukrainiennes ont reconnu des groseilles à maquereau qu’elles cuisinaient à la maison. Et ça a créé un moment d’émotion. Les réfugiés qui participent à l’activité sont à Montréal depuis quelques années, quelques mois ou quelques jours, comme c’était le cas d’un jeune Syrien arrivé au Canada trois jours avant de se retrouver à jardiner sur le toit du Palais des congrès

Sylvie, coordonnatrice concertation et partenariat au Centre social d’aide aux immigrants

Une telle initiative offre également l’opportunité de mettre en avant l’importance de favoriser la consommation locale et  les avantages de l’économie circulaire. Ces jardins suspendus représentent un excellent moyen de lutter contre les îlots de chaleur en milieu urbain tout en renforçant notre capacité à nous nourrir localement. Ils démontrent également la nécessité de revoir la planification et l’aménagement des villes pour intégrer davantage d’espaces agricoles en milieu urbain. Ces ateliers sont à la fois un moment de jardinage, un moment éducatif et un moment de convivialité.

Le retour des participants

La récolte sur le toit du Palais des congrès a été une expérience mémorable pour de nombreux participants. On parle de 3500 mètres carrés utilisés pour l’agriculture sur le toit du Palais des congrès, sur une possibilité de 30 000 mètres carrés comprenant des vignes, tournesols, concombres, piments, cerise de terre, haricots, tomates, etc.: Un grand espace qui a su émerveiller bon nombre des participants.

Certains ont retrouvé le plaisir de jardiner, tandis que d’autres ont été émus de redécouvrir des légumes de leur pays d’origine.

Mahmoud, un réfugié syrien arrivé au Canada il y a deux ans, a initialement choisi Toronto mais a finalement opté pour Montréal. Son expérience sur le toit du palais des congrès lui a fourni les ingrédients essentiels pour préparer les plats syriens qu’il affectionne tant.

Des témoignages inspirants ont été partagés par des participants venant de Syrie, de Hong Kong, d’Ukraine et d’Iran, illustrant l’impact positif de cette initiative sur leur histoire.

Ici à Montréal aujourd’hui, je suis un peu proche de mon pays, car ça me rappelle beaucoup moments que j’ai eu.” Micha, en parlant de cette activité.

Lorsque j’étais enfant, les parents de mon père étaient agriculteurs. Ils vivaient dans le nord de l’Ukraine, ils avaient beaucoup de jardins, ils possédaient des terres. Lorsque j’avais 4 ans, je les aidais à cueillir des herbes, des carottes, des pommes, des poires et peut-être des raisins.”  Alona

Hong-Kong est un espace assez restreint. C’est une ville où l’espace est limité. Je pense donc que les gens manquent d’espace pour jardiner. Mais je pense qu’aujourd’hui, dans ma ville natale, on accorde de plus en plus d’importance à ce genre de choses. Ils essaient de créer plus d’espace pour que les gens puissent jardiner, pour promouvoir la vie verte. “ Wiven

« La terre est la source de l’énergie.” Peyman

Une initiative médiatisée et inspirante pour les chercheurs

Ce projet pionnier a attiré l’attention des médias locaux, mettant en lumière le potentiel de l’agriculture urbaine comme outil d’inclusion sociale. De plus, il a servi de terrain de recherche pour AU/LAB, explorant les liens entre immigration et pratique agricole en milieu urbain.

Retrouvez l’article de La Presse, le reportage de TV Nouvelle ainsi que le projet de recherche « L’agriculture urbaine comme un outil d’inclusion pour les personnes immigrantes et réfugiées.» et la note « Retour d’apprentissage de 4 projets d’agriculture urbaine pour et par les personnes immigrantes. »

De nouveaux ateliers cet été?

Une nouvelle série d’atelier « Récolte sur le toit du Palais des congrès de Montréal » est prévue en 2024, promettant une nouvelle vague d’enthousiasme et de découverte pour les participants.

 

Nous remercions Eric Duchemin, qui occupe le poste de directeur scientifique et de formation au Laboratoire sur l’agriculture urbaine (AU/LAB), Angèle Eguienta, conseillère scientifique pour le projet Migrant(e)s, Sylvie Guyon, coordonnatrice de la concertation et des partenariats et participante au projet, ainsi que tous les membres de notre équipe Activités Collectives et Communications, notamment Kristina Masol et Sahar Entezari, qui ont accompagné nos participants, et Ruben Salazar, qui a encadré les jeunes  réfugiés pris en charge par l’État (RPCE). Nous remercions également le MIFI pour son support financier et tous les participants, sans lesquels ce projet remarquable n’aurait pu être mené à bien.

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